La station de pompage et les réservoirs d’eau de la compagnie du PO à Eymet (24500)

Un peu d’histoire ferroviaire dans cet article. Dans le cadre de notre projet de réalisation d’un dépôt autorail dans le sud ouest  disposant d’installations de la compagnie du Midi et de la compagnie du PO, nous essayons de rechercher des sites et installations un peu originales, qui ne font pas toujours l’objet de reproductions en modélisme. Point de gares PLM ou de rotondes type G dans cet article donc ! Nous allons vous présenter une installation sise dans une commune du sud du Périgord, Eymet, qui présente quelques vestiges intéressants de la compagnie du PO. Notamment, une station de pompage et une paire de réservoirs d’eau typiques de cette compagnie. Beaucoup de ces installations ont été détruites au fil du temps mais les installations de ce chef lieu de canton du bergeracois sont toujours fièrement dressées même si nous allons le voir, certaines mériteraient une restauration et une mise en valeur.

La traction vapeur nécessitait une présence constante de réservoirs d’eau sur le réseau ferroviaire, les locomotives devant être rechargées tous les 80 à 100 kilomètres. Sur certains sites, l’eau était pompée dans la rivière environnante pour être stockée dans des réservoirs. Nous allons vous présenter les installations afférentes dans cet article.

Une vue globale du site via Google earth. Difficile d’y voir clair sans explications…

Les flèches vertes si dessous indiquent la position de la rivière et le sens du courant. Les flèches grises désignent l’ancienne voie ferrée. Il ne subsiste plus aujourd’hui que le pont métallique pour deviner la présence ancienne de voies de chemin de fer.

Les photos aériennes ne donnent pas d’idée du dénivelé. Cette photo a été prise entre les réservoirs et le pont métallique. Seul le haut de la cheminée carrée de la station de pompage, toujours debout de nos jours, est visible et la station de pompage est en contrebas. Nous pouvons remarquer que la cheminée est toujours en parfait état (mais raccourcie…)  alors que sa construction doit dater de la 2ème partie du 19ème siècle.

La station de pompage est désignée par le cercle orange. Elle est encore en parfait état et a été transformée en maison d’habitation.

L’eau était acheminée jusqu’aux réservoirs – entourés en bleu –  situés à une centaine de mètres plus au sud. La construction intermédiaire est récente et n’a rien de ferroviaire.

La toiture de la station de pompage ci-contre, photographiée depuis le pont métallique (ci dessous).

La station de pompage

Une photo issue de ce site. Elle a été prise probablement au début des années 2000, avant la restauration et la transformation en maison d’habitation. Le haut de la cheminée présente un sacré gite. Mais pourquoi une cheminée ? En fait, c’est une machine à vapeur qui permettait de pomper l’eau.

Le muret devant la maison a probablement été construit avec la station de pompage.

Il est encore possible ci-contre de deviner le talus pavé à droite, aussi construit avec la station de pompage.

Il s’agit sans conteste d’une architecture typique de la compagnie du PO. On peut apercevoir la cheminée carrée à l’arrière du bâtiment dont la partie haute a été supprimée.

Un plan d’époque d’une station de pompage PO est disponible sur ce site. L’arrière du bâtiment y est un peu différent. On y trouve aussi un plan de réservoir d’eau avec une cuve de 100 m3.

Les réservoirs d'eau

Une photo issue du même site. Ce qui n’était qu’un arbrisseau voilà une vingtaine d’années est devenu un arbre obérant la possibilité de prendre une vue d’ensemble aujourd’hui.

Et ici, le réservoir côté ouest.

La façade nord est malheureusement envahie par la végétation et notamment une forêt de bambous. Vous pouvez apercevoir la fenêtre au rez-de-chaussée du mur reliant les deux tours.

Coté nord, le rez-de-chaussée des deux tours était doté de ces petites ouvertures.

Et enfin, un document précieux ! Un imposant dispositif de filtrage de l’eau pompée dans la rivière était installée devant la façade nord, c’est à dire du côté de la rivière. Equipement qui a disparu… En fait, pas totalement… Le socle en béton est encore présent sous le lierre rampant.

Le site est en effet en partie envahi par la végétation et il est difficile de prendre des photos de l’ensemble. Le réservoir côté est ci-contre.

Une autre vue du réservoir côté est. L’installation était en fait symétrique. Pas tout à fait, le socle du réservoir côté ouest est doté d’un chemin de ronde bien visible sur la photo  ci-dessus.

Un magnifique témoignage de l’époque de la traction vapeur. Quelles filtrations étaient assurées ? Le calcaire, les boues, autres ? Fallait-il faire un apport ou un traitement chimique à l’eau de la rivière ?

Des installations présentes sur le territoire de la compagnie du Paris - Orléans

En faisant des recherches sur la toile , on trouve quelques informations relatant la présence de stations de pompage (informations malheureusement très diffuses et parcellaires) et/ou surtout de réservoirs au sein de différents sites du territoire de la compagnie du PO ; les photos de cartes postales anciennes permettent de les repérer et certains sont répertoriés à tort dans des inventaires du réseau d’adduction d’eau. Quelques-uns sont encore visibles sur le livre « Les Chemins de Fer du Paris-Orléans » de Jean Pierre Vergez Larrouy.

Ainsi, parmi d’autres, les installations ferroviaires de Vitry aux Loges (Loiret), avec des réservoirs doubles, Nérondes (Cher), page 23 du livre précité, Langeais (Indre et Loire), page 24 du même livre, Ruffec (Charente), page 47 du même livre, Libos (Lot et Garonne) avec des réservoirs doubles, page 52 du même livre, Capdenac avec des réservoirs doubles (Aveyron) page 55 du même livre, Saint Désiré et Commentry (Allier), Saint Denis de Jouhet, Chatillon sur Indre et Cluis (Indre), Aubusson, Glénic et Vallon en Sully (Creuse), Saint Sulpice Laurière (quelques informations sur ce site) avec des réservoirs doubles, Eymoutiers, Châteauponsac et Rochechouart (Haute Vienne), Brive avec des réservoirs doubles possiblement du même volume que ceux de Montluçon (page 81 du livre précité), Le Lonzac et Eygurande-Merlines (Corrèze), Belvès, Nontron, Sarlat, Thiviers et Issac (Dordogne) comportaient de telles installations. Cette dernière implantation est intéressante : Issac était située au nord ouest de Bergerac, sur la même ligne ferroviaire qu’Eymet. On peut imaginer les locomotives à vapeur refaisant le plein en eau successivement dans ces deux gares.

Avec les brides d’informations que nous avons pu rassembler, nous formulons l’hypothèse d’une certaine normalisation des réservoirs : des volumes de cuves de 100 et 300 m3 sont régulièrement évoqués. Avec une possibilité de constituer des réservoirs doubles pour augmenter la capacité comme à Vitry aux Loges, Libos, Brive, Eymet, Saint Sulpice Laurière ou Montluçon. Hypothèse restant néanmoins à investiguer.

Les anciens réservoirs d'eau au dépôt de Montluçon

Nous avons contacté l’amicale des anciens et amis de la traction vapeur de Montluçon (AAATV Montluçon) qui effectue un travail important de valorisation du patrimoine ferroviaire local. En effet, Montluçon – situé sur le territoire de la compagnie de PO – disposait d’un important dépôt vapeur. Nous savions que ce dépôt comportait le même type de réservoir que ceux d’Eymet, toutes proportions gardées… Le volume des cuves du réservoir de Montluçon était de 300 m3 soit 3 fois plus important que les cuves d’Eymet. Par l’intermédiaire du secrétaire de l’association, nous avons pu avoir accès à de beaux documents que l’association nous a autorisé à présenter (le grand dépôt de Brive disposait aussi d’une grande rotonde et les photos d’époque du site montrent une paire de réservoirs similaire).

Une photo qui permet de voir le jet à l’intérieur des cuves. Le réservoir de gauche semble légèrement plus haut. Un autorail VH est nettement visible.

L’installation a connu un destin funeste : elle a été détruite en 1975.

La similitude avec le réservoir d’Eymet est flagrante ! Seule la taille change.

Enfin, documents précieux, deux plans qui permettraient une reproduction très fidèle de l’ouvrage.

Eléments de conclusion

Si vous faites une recherche « chateau d’eau ferroviaire » via votre moteur de recherche préféré, vous vous apercevrez que ces installations se retrouvent sur l’ensemble du territoire. Surtout, une prise de conscience de leur valeur patrimoniale et historique semble avoir vu le jour : certains ouvrages ont été restaurés avec l’aide de la Fondation du Patrimoine ou ont même été classés au titre des Monuments Historiques. Mais nous ne sommes pas sûrs qu’un inventaire précis des ouvrages restants ait été entrepris. Certaines pépites sont peut-être encore à mettre en valeur.

Une plongée dans l’histoire ferroviaire de la compagnie du Paris Orléans mais ce type d’équipement existait dans toutes les compagnies. Cette petite enquête peut sembler éloignée du modélisme ferroviaire. Pas tant que cela, si l’on essaye de reproduire ces équipements…

Ci-contre et ci-dessus, vous pouvez reconnaitre les réservoirs, dont nous vous présenterons la reproduction dans un prochain article.

Merci de votre lecture, laissez-nous un commentaire si le coeur vous en dit et à bientôt…

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