Le miséramodélisme est un humanisme

Dans la lignée des articles de fond, d’analyses ou de réflexion que nous publions de temps en temps sur notre pratique (sur le réalisme en modélisme, sur les compteurs de rivets ou sur les clubs de modélisme ferroviaire par exemple), nous avons souhaité réfléchir au miséramodélisme, formulation qui est apparue au cours des deux dernières décennies.

Un peu d’histoire tout d’abord ! La paternité du terme « miséramodélisme » revient semble-t-il au dirigeant d’un revendeur d’articles de modélisme qui désignait ainsi les modélistes (miséramodélistes faudrait-il plutôt écrire) fabriquant eux-mêmes à partir de matériaux de récupération divers et variés. La source originale est introuvable mais la formulation semble ancienne, datant au moins d’une vingtaine d’années.  La formulation a d’ailleurs fait florès depuis sous le terme « mimo » dans les échanges, les forums et plus globalement dans la communauté des modélistes ferroviaires. C’est d’ailleurs un bel exemple d’évolution de la langue : du terme initial volontiers péjoratif de miséramodélisme, les modélistes ont quant à eux adopté le terme « mimo », désignant bien au contraire une fabrication à la fois astucieuse et à faible coût. Mais tentons de réfléchir  au sens et à la fonction du miséramodélisme, au delà du sens initial négatif du néologisme.

Trop photos où le miséramodélisme a été notablement utilisé… 

Quelques considérations liminaires

On pourra tout d’abord s’étonner de la création d’un néologisme appliqué au modélisme autour du terme misérable, que l’on ne saurait considérer comme particulièrement élogieux. Les dictionnaires donnent au terme misérable selon les cas les définitions suivantes : qui inspire la pitié, qui inspire le mépris, qui évoque la misère ou l’extrême insuffisance… Voilà les « miséramodélistes » particulièrement flattés !

Il est pourtant notable qu’il y a des activités en ce monde bien plus misérables que le modélisme. Et les démarches de récupération et de revalorisation diverses et variées ont à présent une image bien plus positive qu’alors. Nous ne saurions ignorer d’ailleurs le calcul quelque peu mercantile dudit revendeur : les modélistes fabriquant de plus en plus par eux-mêmes, c’est autant de chiffre d’affaires en moins pour les revendeurs. Revendeurs qui déjà à l’époque tiraient la langue. 

Pourtant le « miséramodélisme » ne s’est pas démenti depuis 20 ans, bien au contraire, et le terme volontiers péjoratif à l’origine a fini par avoir quelque chose de prophétique tant il représente à présent une tendance de fond du modélisme

Le miséramodélisme est-il nouveau ?

Ce néologisme semble dater du début des années 2000 et il serait utile de réfléchir aux raisons qui ont poussé à son apparition il y a une vingtaine d’années. Sous couvert d’inventaires plus précis, nous pouvons avancer l’hypothèse d’au moins deux mouvements parallèles : d’une part la généralisation du modélisme d’atmosphère tendant à des projets plus réalistes et d’autre part la généralisation des réseaux sociaux (blogs et forums à l’époque) qui ont permis un partage des techniques individuelles. Le modélisme d’atmosphère depuis son émergence cherche des alternatives aux propositions industrielles pas toujours réalistes et les modélistes connectés ont pu facilement accéder à ces nombreuses astuces via les réseaux sociaux. Autrement dit, ce n’est pas tant le miséramodélisme qui serait apparu au tournant du millénaire que le partage des pratiques de chacun via les réseaux sociaux. Ainsi, de démarches individuelles et isolées, nous pouvons constater depuis lors leur généralisation à de nombreux aspects du modélisme et notamment pour la fabrication des éléments de décor : fabrication de bâtiments et de constructions diverses avec du carton plume, fabrication d’arbres avec du fil de fer, etc. Les exemples sont innombrables et il suffit d’investir la toile pour s’en rendre compte. Ce blog en comporte quelques exemples dans cet article, cet autre ou encore cet autre.

Plus avant, le miséramodélisme ne serait-il pas aux sources du modélisme ? Il suffit de consulter des ouvrages ou des revues de modélisme un peu anciennes pour constater que la proposition d’astuces personnelles et alternatives a toujours constitué un moteur puissant du modélisme et que ces démarches individuelles ont souvent précédé les propositions des fabricants industriels. 

La question du coût et du temps

Une des critiques faites au « miséramodélisme » est la perte de temps qu’il engendrerait. Cette controverse a été illustrée via l’exemple de la réalisation des arbres en fil de fer qui serait inutile et fastidieuse compte tenu de la qualité de reproductions des arbres par les firmes industrielles. Sur ces quelques éléments avancés, nous pouvons tout d’abord suggérer les quelques points suivants :

  • la qualité de reproductions des arbres par les firmes industrielles peut être mise en débat. Certes, beaucoup de progrès ont été faits, mais c’est loin d’être toujours très réaliste ;
  • les techniques de fabrication des arbres en fil de fer (parmi d’autres techniques) sont bien installées à présent et donnent d’excellents résultats pour les meilleures reproductions. C’est d’ailleurs une des vertus des réseaux sociaux de continuellement proposer de nouvelles améliorations à ces techniques pour plus de réalisme.

Mais c’est surtout sur la question du temps que nous souhaiterions intervenir. Le modélisme est une activité de loisir qui – entre autres – peut permettre de se détacher des contraintes temporelles qui nous subissons par ailleurs. Chacun est ainsi comptable de son temps de loisir et est libre de faire ses choix comme il l’entend. Il ne nous semble ainsi pas recevable que tel ou tel soit juge du temps de loisir d’autrui. Les divers réseaux sociaux permettent d’avoir accès très facilement aux méthodes et techniques disponibles et ainsi chacun peut faire ses choix en toute connaissance de cause. 

Enfin, nous ne saurions ignorer les gains de coût que le « miséramodélisme » peut procurer. L’exemple des arbres peut être particulièrement éloquent à cet égard.  

Le miséramodélisme aujourd'hui et demain

Nous allons simplement proposer quelques pistes de réflexion, sans aucune prétention d’exhaustivité. L’évolution du modélisme dans les années futures est un sujet en soi que nous traiterons plus en profondeur dans un article ultérieur.

Remarquons à nouveau tout d’abord que le miséramodélisme ne s’est nullement démenti, bien au contraire, et nous pensons qu’il faut y voir là plusieurs tendances de fond que nous avons déjà évoquées dans cet article par exemple :

  • la tendance affirmée vers le modélisme d’atmosphère – plus proche de la réalité –  contribue au miséramodélisme qui dans ce contexte cherche des solutions plus crédibles. Les projets souhaitant représenter un sujet bien précis nécessitent de toutes façons souvent des réalisations de toutes pièces  ;
  • la hausse des prix du matériel de modélisme au sens large contribue inévitablement à la recherche de solutions à la fois personnelles et moins coûteuses ;
  • enfin, tendance plus récente, encore diffuse dans la pratique du modélisme mais probablement structurante dans l’avenir, la généralisation de démarches de récupération et de revalorisation de matériel divers et variés en lien avec les contraintes écologiques qui vont se faire de plus en plus prégnantes. Certes, la contribution du modélisme à la dégradation de la planète est négligeable mais cela n’empêche en rien nos pratiques d’évoluer. Nous faisons par exemple l’hypothèse d’une importance encore plus grande du marché de l’occasion dans les années qui viennent.

Eléments de conclusion

Les aspects relatifs à la qualité, au coût ou au temps disponible ont été suggérés et débattus. L’appréciation des moyens de faire du modélisme est de toutes façons totalement dérisoire par rapport à la considération des résultats obtenus, miséramodélisme ou pas, tout au moins est-ce la position constamment défendue dans ce blog.

Pour conclure, nous voudrions mettre en débat ce qui nous apparaît comme une des vertus fondamentales du modélisme que nous envisageons ainsi comme une démarche fondamentalement émancipatrice. Face à des contraintes quotidiennes constantes, la pratique du modélisme est une bonne occasion de les éloigner. Et chacun est libre de choisir les thèmes évoqués, de choisir les techniques qu’il souhaite employer, de choisir le temps qu’il souhaite consacrer à tel ou tel point de son projet, etc. Le miséramodélisme nous semble ainsi une démarche d’autant plus émancipatrice qu’elle participe à s’affranchir des solutions toutes faites et qu’elle offre la satisfaction de la création sinon unique, à tout le moins personnelle. Ainsi, pourrions-nous paraphraser la formule de Jean Paul Sartre en déclarant que le miséramodélisme est un humanisme…!

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